HISTOIRE DU C.L.A.P. TELLE QUE RAPPORTÉE
I. Le C.L.A.P. aujourd'hui
Le C.L.A.P. — Cercle Ludovisien d'Art et de Performance — est une association culturelle informelle liée à l'Île Saint-Louis. Sa date de fondation n'est pas clairement établie et son fonctionnement repose principalement sur un corpus de traditions, d'usages et de pratiques transmis oralement entre ses membres.
Le C.L.A.P. organise des rencontres autour de la musique, de la conversation et de la vie culturelle de l'île, avec une attention particulière portée aux échanges et aux initiatives artistiques.
II. Sur une origine informelle
Constituée au XVIIe siècle à partir de deux îlots, l'Île Saint-Louis devient rapidement le refuge discret d'un cercle d'esthètes, de musiciens et d'esprits indépendants dont la tradition se serait transmise de génération en génération.
Au fil des siècles, l'île attire artistes, écrivains, musiciens et créateurs singuliers. Baudelaire y habite, Gautier y tient salon, Balzac, Daumier et d'autres y sont reçus. À l'Hôtel de Lauzun, ils fondent le Club des Haschischins, société d'artistes et d'écrivains qui se réunit régulièrement sur l'île. Plus tard, Camille Claudel, Paul Cézanne, Henri Dutilleux, Georges Moustaki et bien d'autres choisissent à leur tour l'île comme refuge ou comme lieu de travail.
Selon une tradition apocryphe jalousement préservée par les habitants de l'île, plusieurs de ces personnalités auraient fréquenté un cercle plus ancien, informel et discret, dont les usages, les lieux de rendez-vous et certains rites de convivialité présentent d'étonnantes ressemblances avec ceux du C.L.A.P.
Les archives étant rares et les témoins depuis longtemps disparus, il est impossible d'établir avec certitude cette filiation. L'historiographie insulaire se contente généralement de signaler ces correspondances sans prétendre les résoudre. Les Sociétaires du C.L.A.P. préfèrent d'ailleurs considérer qu'ils ne font que poursuivre, à leur manière, une histoire commencée bien avant eux sur les quais de l'Île Saint-Louis.
III. De l'organisation du Cercle
Le C.L.A.P. est gouverné selon des règles dont la précision n'est égalée que par leur discrétion.
L'association est composée d'un nombre volontairement limité de Sociétaires, formant un noyau stable et pratiquement inamovible. À la manière de certaines académies, les places y sont rares et les admissions procèdent par cooptation. Les usages du Cercle sont consignés dans un coutumier non écrit, dont la connaissance est progressivement transmise aux nouveaux Sociétaires.
À leur tête siège le C.H.E.F. du C.L.A.P. — Coordinateur Honoraire des Expériences et Festivités — garant des traditions insulaires et gardien de l'esprit du Cercle.
Les Sociétaires se réunissent périodiquement en chapitre officieux sur le Pont de la Tournelle. La date exacte de ces assemblées n'est jamais communiquée publiquement. Les délibérations y sont sérieuses, les sujets parfois essentiels, parfois parfaitement accessoires, et les décisions généralement adoptées à l'unanimité de ceux qui sont présents.
De ces réunions naissent les saisons du C.L.A.P., ses rencontres musicales, ses invitations et certaines réjouissances dont les participants se souviennent plus longtemps qu'ils ne sauraient l'expliquer.
IV. Du solstice du XXI juin
Le XXI juin, jour du solstice d'été et journée la plus longue de l'année, occupe une place particulière dans la tradition du C.L.A.P. Depuis l'Antiquité, le solstice est considéré comme un moment de plénitude et de passage, lorsque la lumière atteint son apogée et que le temps semble brièvement suspendu.
Sur l'Île Saint-Louis, entourée d'eau et baignée des derniers reflets du soleil jusqu'à une heure avancée, cette sensation prend une intensité singulière et confère à la soirée un caractère presque cérémoniel.
Les Sociétaires du C.L.A.P. considèrent ainsi le XXI juin comme l'ouverture symbolique de leur saison. Selon un usage ancien dont l'origine demeure indéterminée, c'est au solstice que se préparent, dans la plus grande discrétion, les rencontres, concerts et réjouissances qui animeront l'été de l'île. Une conviction y prévaut depuis toujours : lorsque le jour est à son plus long, l'Île Saint-Louis appartient plus que jamais à la musique, à l'amitié et aux heureux hasards de la conversation.